Avec la multiplication des crises sociales et politiques, un spectre — qu’on aurait pu croire relégué aux oubliettes de l’histoire — semble avoir fait retour dans notre société de l’information et de la communication : celui du « complot ». Spectre souvent imaginaire, comme l’est par définition tout spectre, mais non moins difficile, semble-t-il, à exorciser. Il est vrai que le mot complotisme permet depuis peu de nommer et identifier la tendance délirante, voire soi-même manipulatrice, consistant à (faire) voir sous les faits les plus « naturels » la machination d’une puissance occulte. Reste que le perfectionnement et le détournement des technologies de l’information rend aujourd’hui la limite entre « info » et « intox » parfois si difficile à saisir que ce mot même n’est pas sans prêter à équivoque, voire à une inquiétante réversibilité par rapport à ceux de « complot » et « comploteur »sur lesquels il a été formé : est-il sûr, par exemple, qu’un enquêteur authentique (du type « lanceur d’alerte ») puisse encore dénoncer un complot véritable sans s’exposer lui-même au soupçon de « complotisme » ?

Face à ce contexte prompt aux amalgames et aux renversements spéculaires, le cours fera le choix de tourner le dos à l’actualité récente pour replacer la triade (« complot », « comploteur », « complotisme ») dans une double perspective (historique et analytique), en examinant ces figures à travers divers types de documents empruntés aux arts des textes et de l’image (théâtre, littérature, cinéma).