Spectres, fantômes, revenants… lorsque, dans le Dom Juan de Molière, le crédule Sganarelle demande à son maître s’il croit aux puissances de l’au-delà, celui-ci répond avec mépris : « Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit. » Sur la base de cette célèbre réplique, on aurait pu s’attendre à ce que les Français, en vertu de leur caractère rationaliste, soient immunisés contre le goût des fantômes. Or, il n’en a rien été : non seulement Dom Juan, à la fin de la pièce, sera emporté par le spectre du Commandeur, mais tout ce folklore venu des brumes du Nord s’est finalement bien acclimaté au pays de Descartes. Curieusement, c’est au fur et à mesure que triomphe la civilisation technologique que les fantômes se mettent à hanter tous les domaines de la culture. Pourquoi notre modernité garde-t-elle donc à ce point le goût des fantômes ? C’est la question dont le cours proposera de débattre à travers une enquête comparatiste et multimodale qui nous conduira à revisiter un certain nombre d’œuvres de la culture française et européenne : théâtre (Molière, Shakespeare), roman (Jules Verne), ou encore cinéma (Luis Buñuel, Dino Risi)…